Notre histoire
Jussi Ccoyllo : de ses racines à Ayacucho à la naissance de be-AI
L'histoire d'une femme qui a transformé les valeurs transmises par ses parents en un projet éducatif reliant le Pérou et la Belgique.

« Hatariy » : un mot transmis par sa mère
Certaines paroles nous accompagnent toute une vie. Elles traversent les années et les frontières, jusqu'au jour où elles prennent un sens nouveau. Pour Jussi Ccoyllo Sulca, cofondatrice et présidente de be-AI, ces paroles viennent de son enfance à Ayacucho, au Pérou.
Son père lui répétait que l'éducation était la clé pour avancer dans la vie. Qu'elle ouvrait des portes et permettait à chacun de construire son avenir. Sa mère, quant à elle, lui transmettait un mot en quechua, la langue de ses racines :
« Hatariy » — Lève-toi et continue d'avancer.
À cette époque, Jussi ne pouvait pas encore imaginer que ce mot deviendrait, des années plus tard, le symbole d'un projet éducatif reliant deux continents.
Mais une conviction était déjà profondément ancrée en elle : l'éducation peut transformer une vie.
D'Ayacucho à la Belgique, sans oublier ses racines
Née à Ayacucho, Jussi a construit un parcours personnel et professionnel entre l'Amérique latine et l'Europe. Aujourd'hui installée en Belgique, elle possède plus de vingt années d'expérience internationale. Son parcours lui a permis de découvrir d'autres cultures, de nouvelles façons de travailler et des opportunités qu'elle n'aurait peut-être jamais imaginées durant son enfance.
Pourtant, vivre loin de son pays d'origine ne signifie pas oublier d'où l'on vient. Les montagnes d'Ayacucho, la langue quechua, les valeurs transmises par ses parents et les réalités des communautés rurales du Pérou sont restées présentes dans sa vie.
Au fil des années, une question a progressivement émergé : pourquoi les possibilités offertes par l'éducation et les nouvelles technologies devraient-elles dépendre du lieu où l'on naît ? Cette réflexion allait devenir le point de départ d'une nouvelle aventure.
Une rencontre avec l'intelligence artificielle
Au cours de son évolution professionnelle, Jussi découvre le potentiel de l'intelligence artificielle. Elle comprend rapidement que cette technologie pourrait transformer notre manière d'apprendre, de travailler, de communiquer et d'entreprendre.
Mais cette découverte lui fait aussi prendre conscience d'un risque : celui de voir les inégalités se creuser davantage entre les personnes qui ont accès à ces outils et celles qui en sont éloignées. Elle pense alors aux jeunes des communautés rurales d'Ayacucho, et particulièrement aux filles.
Comment pourraient-elles découvrir ces technologies lorsque les équipements informatiques sont parfois limités et que les connexions Internet restent instables ? Comment leur permettre d'acquérir de nouvelles compétences, de développer leur confiance et d'imaginer leurs propres projets ? Et surtout, comment leur ouvrir les portes du monde numérique sans leur demander d'abandonner leur langue et leur culture ?
De ces interrogations naît progressivement la vision de be-AI.
be-AI : construire un pont entre deux mondes
Fondée en Belgique, be-AI est une association qui place l'éducation, l'inclusion numérique et l'intelligence artificielle responsable au cœur de sa mission.
Son ambition est de rendre les nouvelles compétences technologiques accessibles à celles et ceux qui en sont encore éloignés. Au Pérou, le projet s'adresse notamment aux adolescents des communautés rurales d'Ayacucho, avec une attention particulière portée aux filles, tout en accueillant également les garçons.
Pour Jussi, il ne s'agit pas simplement d'apprendre à utiliser des outils d'intelligence artificielle. Il s'agit de donner aux jeunes les moyens de développer leur créativité, leur esprit critique, leur confiance et leur capacité à entreprendre. L'intelligence artificielle devient alors un outil au service de l'éducation et de l'émancipation.
En Belgique, be-AI souhaite également accompagner les citoyens, les associations et les organisations dans la découverte et l'utilisation responsable de ces technologies.
Deux territoires, deux réalités différentes, mais une même conviction : le progrès technologique doit créer des opportunités pour tous.
Le quechua : une richesse à préserver
L'une des convictions les plus fortes de Jussi concerne la place de la culture dans l'éducation. Le quechua, langue de ses origines, représente bien plus qu'un moyen de communication. Il porte une mémoire collective, des traditions, des connaissances et une manière de comprendre le monde.
Jussi souhaite que les jeunes puissent découvrir l'intelligence artificielle et apprendre l'anglais sans devoir renoncer à cet héritage. Cette vision se traduit par trois piliers qui résument l'approche éducative de be-AI :
Le quechua pour comprendre.
L'intelligence artificielle pour créer.
L'anglais pour se connecter au monde.
Trois dimensions complémentaires, qui permettent d'envisager l'avenir sans oublier ses racines.
Car pour Jussi, la culture et l'innovation ne doivent pas s'opposer : elles peuvent avancer ensemble.
Hatariy : un retour aux origines
Le premier programme pilote de be-AI prend forme à Huancaraylla, dans la région d'Ayacucho, en collaboration avec l'école Santo Domingo. Ce choix possède une dimension profondément personnelle. L'école a été fondée par Wenceslao Ccoyllo Tinco, l'oncle de Jussi, un homme qui a consacré une grande partie de sa vie au développement de l'éducation dans sa communauté.
Des années plus tard, Jussi revient vers cette même école avec une nouvelle ambition : contribuer à préparer les jeunes aux transformations du monde numérique.
Le programme porte un nom qui lui tient particulièrement à cœur : Hatariy. Ce mot que sa mère lui répétait pendant son enfance devient désormais un message adressé à une nouvelle génération.
Lève-toi. Continue d'avancer. Ose apprendre.
À travers Hatariy, be-AI souhaite accompagner les adolescents dans la découverte de l'intelligence artificielle, des compétences numériques, de l'anglais, du leadership et de l'entrepreneuriat.
Les premières étapes du projet montrent cependant que l'innovation doit s'adapter aux réalités du terrain : disponibilité des ordinateurs, qualité de la connexion Internet, conditions météorologiques et accompagnement des enseignants. C'est pourquoi le programme se construit progressivement, en dialogue avec l'école et les acteurs locaux.
Une histoire personnelle devenue une aventure collective
Si be-AI est née de la vision de Jussi, elle se développe aujourd'hui grâce à l'engagement de plusieurs personnes. Cofondateurs, bénévoles, enseignants et partenaires apportent leurs expériences et leurs compétences pour faire avancer le projet. En Belgique comme au Pérou, l'association souhaite construire des collaborations durables et proposer une approche de l'intelligence artificielle qui reste accessible, humaine et responsable.
Pour Jussi, la réussite de cette initiative ne se mesurera pas uniquement au nombre de jeunes formés ou d'outils utilisés. Elle se mesurera aussi à la confiance acquise par les participants, à leur capacité à imaginer de nouvelles possibilités et aux projets qu'ils pourront un jour développer eux-mêmes.
L'histoire ne fait que commencer
L'histoire de Jussi est celle d'une femme qui a grandi avec la conviction que l'éducation pouvait ouvrir des portes. Celle d'une femme qui a découvert d'autres horizons sans oublier ses origines. Et celle d'une femme qui souhaite aujourd'hui transmettre à une nouvelle génération les possibilités qu'elle a elle-même rencontrées au cours de son parcours.
Derrière be-AI, il y a une histoire de famille, de transmission et d'espoir.
Il y a un père qui croyait au pouvoir de l'éducation. Une mère qui encourageait sa fille à toujours continuer d'avancer. Et un mot en quechua qui relie désormais plusieurs générations.
Hatariy.
Lève-toi et continue d'avancer.
Parce que les jeunes d'Ayacucho méritent, eux aussi, de construire leur avenir avec les outils de demain, sans oublier les racines d'hier.
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